vendredi 16 septembre 2016

LUMIÈRES DU JOUR

LUMIÈRES DU JOUR 

(du vendredi 16 septembre 2016, de 11:44 à 12:23)

  

16/09/2016 11:44




16/09/2016 11:49




16/09/2016 11:53



16/09/2016 11:54



 16/09/2016 11:59

  


16/09/2016 12:03




16/09/2016 12:19




16/09/2016 12:23



mercredi 14 septembre 2016

HOPEWELL CRESCENT (SUMMER OF 69)




- Étant donné... une image étant donnée..., 
cette image, que vous voyez là :



Cette photographie, donc, elle est donnée le 3 septembre. Il s’agit de composer, si je veux, un morceau de musique, avec ou sans paroles... bref, quelque chose de musical, et qui soit en rapport avec elle.
- En rapport ? Comme une illustration musicale du contenu de l'image ? 
- Ce qui est attendu est plutôt de l'ordre de l'émotion, je crois, celle provoquée, éventuellement, par l'image. Mais ça, le "rapport" entre l'image donnée et la musique proposée en retour, il est laissé à la libre appréciation de chacun des participants.
- Ah… alors, c'est un concours ?
- En quelque sorte. Mais tout de même, l’organisateur (*) 
pose bien quelques règles à respecter – si l’on veut jouer le jeu. Tout d’abord le temps imparti : trois petites semaines ; ensuite, bien sûr, chacun est censé ne pas resservir là de vieux trucs tirés du fond de ses tiroirs. Enfin, il y a évaluation, premier prix et même une "récompense".
- Oh ! Et avec Grand Jury ?
- Non, c'est l'ensemble de la communauté, chacun de ses membres inscrits, qui est invité à déclarer ses préférences. Mais surtout, ce qui fait l'intérêt de l'affaire, c'est que tous les "votants" peuvent commenter publiquement leurs appréciations.
Ceci étant dit, ce qui me retient très personnellement, là, c'est l'image.
- Cette image-là ?
- Oui, là, c'est celle-là... Quoique, au tout  premier abord, elle me semble bien rébarbative... Bien... grise. Et puis, je suis rentré dans cette image, tout à fait comme on pénètre un paysage : en regardant à côté, en explorant du regard ce qui peut s'ouvrir à droite et à gauche de ce que l'on a directement devant soi. Et même, d'une certaine façon, derrière soi...
- Mais, déjà devant toi, il y avait quoi ? 
- L’image. Je veux dire : l’image dont cette photographie est une image – puisqu’elle rend compte d'une peinture murale. Et je trouve cette peinture par elle-même assez saisissante : ces deux enfants, debouts au milieu des décombres, apprêtés pour faire de la musique ?
- Et cette inscription, en lettres rouges, qui les surplombent : SUMMER OF 69 ?
- Oui. Elle oriente ensuite vers quelque chose du contexte : l'Irlande du Nord, protestants contre catholiques, les morts, Belfast, etc. Toute l'histoire. Mais ce n'est pas ce qui me touche personnellement,  ici.
- Alors ?
- Je ne sais pas trop. Il semble que ça se passe assez loin de mes zones raisonnantes... Il y a sans doute quelque chose… qui vient de ce que je crois être le contenu implicite de cette peinture : les enfants de toutes les façons broyés par la violence politique, quelque soit son prétexte, partout et toujours victimes... Mais peut-être que l'émotion que peut provoquer ce que raconte cette scène, aussi frontalement exposée… mon émotion, qui sera en fait le seul "motif" de mon envie de faire ici de la musique, elle est en quelque sorte… accélérée par ce que la photographie montre du paysage, ce qui est visible autour de la peinture murale. Paysage, urbain, plus suggéré que détaillé...
- Le fait que la scène de la fresque se prolonge, on ne sait jusqu’où, sur les murets attenants à la façade peinte ?
- Oui, et puis la façon dont la luminosité sourde et la couleur éteinte du ciel peint sont accordées au ciel réel, tel que capté par la photographie. On a la sensation que c’est lui, le ciel réel au dessus de la maison réelle, qui « passe » au travers du mur supportant la fresque – ce qui provoque comme une évanescence du mur réel qui supporte la peinture. Dans le même mouvement des perceptions, c’est « l’effet de réel » de la scène représentée par la peinture qui s’en trouve renforcé.
- Pourtant, dans la fresque, cette dé-saturation des couleurs, ce gris-bleu monotone, souligné par le rouge utilisé par l’inscription, d’ailleurs…
- Et le rouge, dans les bandes tricolores du tambour ! Oui, mais justement : elle doit y être pour quelque chose, peut-être, cette juxtaposition des couches – ces décalages entre la captation relativement objective (opérée par l’appareil photographique, et aussi la technique du trompe-l’œil utilisée dans la fresque), et la stylisation de l’image ?
- Ce seraient toutes ces interférences, entre un « réalisme » d’un côté, et toute cette symbolisation graphique délibérée, de l’autre, qui justifieraient votre émotion ?
- Elles ne la motivent pas, mais elles lui donnent son énergie.
- Et ta musique, donc ?
- Oh, là-dessus, je n’ai pas grand-chose à dire. Ou plutôt, s’il y avait quelque chose à en dire, cela devrait être déjà musicalement audible, directement, je crois.



- Mais tout de même, l’élaboration ? La technique, l’écriture ?
- Non, là-dessus, rien d’intéressant à exposer ici. Je peux juste dire que ça été  pour moi comme… un exercice de style. Tu sais que je donne plutôt dans la musique… atonale ; qu’en tout cas ma prédilection me porte d’abord vers la musique contemporaine – et me voilà à utiliser la musique modale (quasi pure : un seul mode, transposé une fois) et, très sagement, quelques procédés « point contre point »… C’est donc tout naturellement que, dans ce morceau, se manifestent réminiscences et hybridité. Mais tout ça est venu comme ça – de façon subconsciente.
- Tu ne composes tout de même pas en dormant !
- On, non ! Je ne parle pas du « travail », très délibéré, mais de sa motivation, de son orientation. Je tiens le volant bien fermement, mais je ne sais qui a décidé que devais prendre cette route-là.


(*) l’organisateur :   http://fr.audiofanzine.com/

https://www.youtube.com/watch?v=xnnfz3U0Vvs 

vendredi 26 août 2016

SUR LA TRADUCTION

SUR LA TRADUCTION (TROIS ESSAIS de Jean-François Billeter)

jeudi 25 août 2016

Hier, 24 août 2016, dans la librairie du Café Plùm, à Lautrec (Tarn), je repère un livre de dimension légère, dont le titre me retient : ‘TROIS ESSAIS SUR LA TRADUCTION ‘.
Les quelques lignes que je déchiffre à la volée, en l’ouvrant au hasard comme il se doit, me « parlent » directement. Est-ce parce que leur contenu est en phase – par hasard ? – avec un texte que je suis en train de composer ces jours derniers ?
Peu importe la raison, quand la décision est déjà prise : je prends. Ou plutôt : j’achète.
L’auteur du livre ? Jean-François BILLETER. Aux éditions ALLIA.
J’en ai commencé la lecture aujourd’hui. Il s’agit, donc, de la pratique de la traduction, mais dans le contexte le plus ardu pour nous. J’avais été bien averti par la ‘quatrième de couverture’, où l’auteur nous apprend qu’il en tient pour un « principe de difficulté » : mieux vaut penser avoir affaire à une tâche difficile, que l’on peut toujours espérer trouver ensuite plus facile qu’annoncée, que « de la juger facile, et d’échouer faute d’en avoir compris les difficultés ». Il conclut : « Peut-être le cas du chinois est-il exemplaire de ce point de vue parce qu’il exige une conscience plus aiguë des problèmes à résoudre, et présente-t-il de ce fait un certain intérêt pour les non-sinologues. »
Vous avez dit « non-sinologue » ? Parfait. Voilà qui me correspond rigoureusement !
Par contre, je ne suis pas tout à fait dépaysé face à la question de la traduction, à laquelle je me suis mesuré, un temps.


Je recommande, chaleureusement, la lecture de ce livre (de 120 pages) à toutes les personnes intéressées par tout ou partie de ces trois thèmes : 1) les principes de la langue chinoise, 2) la question de la traduction, 3) la poésie – dans tous ses états.
Parce que, bien entendu, il s’agit ici de la traduction de poèmes.




J’ai apprécié de voir l’auteur déclarer, dès la première page du premier essai – ‘POÉSIE CHINOISE ET RÉALITÉ ‘ – que « tenant la traduction de cette poésie-là (la grande poésie chinoise, dont il vient de tracer les limites pour lui), pour impossible, je vais tenter de l’approcher par une voie détournée »… La traduction impossible
Cela me rappelait quelque chose… Sans doute, le bafouillis par lequel j’avais prétendu présenter les traductions que j’avais moi-même, un temps, proposées - mais d’une poésie – celle de Hölderlin - beaucoup moins éloignée, exotique, que cette grande poésie chinoise…
Que disais-je alors ? … Voilà : « Que la traduction soit à jamais imparfaite — incertaine — tient à son statut propre. Ce manque est sa vérité. »
N’était-ce pas dire que, d’un tout autre ordre que les imperfections provoquées par l’incapacité (réelle) du traducteur. il y a une imperfection « à jamais » (une impossibilité autrement dite) de toute traduction du poème, qui lui est consubstantielle ?
Par ailleurs, ce livre présente cet avantage d’en avoir deux : il enseigne et il engage à l’action – méditative. D’autant mieux que c’est en engageant à l’action qu’il enseigne, et qu’il engage à l’action quand il enseigne. Je veux dire qu’il « apprend des choses » en même temps qu’il « donne envie d’en faire »…
C’est ainsi que, pensant, grâce aux éclaircissements de Jean-François Billeter, j’avais compris ce qui était dit, en chinois, dans tel poème Xun yinzhe bu yu
de JIA DAO (779 – 843) présenté à la page 30, j’en propose cette version française :


Chercher l’ermite, ne pas le trouver

Sous les pins, demander au garçon,
qui me répond : le maître cueille des simples
par là dans la montagne, la brume épaisse,
on ne voit pas où.

*

dimanche 28 août 2016
de LI BAI (701-762)

Départ de Baidi tôt le matin

Ce matin, parti de Baidi dans la brume irisée.

À mille lieux - pour Jiangling : le retour, dès ce soir !

D'une rive, de l'autre, résonne, sans cesse, le chant des gibbons.

Et déjà ma barque légère a passé les dix mille montagnes.


*


lundi 29 août 2016

Le second essai est consacré au FAISAN DE ZHUANGZUI. 

Ayant été bien avertis, par l’auteur, que la transcription de certains signes peut toujours être mise en doute, en particulier à cause de l’ancienneté du texte (IVème siècle avant notre ère), et si la formule du « mot à mot » pouvait avoir ici (de la juxtaposition des signes chinois jusqu’à cette suite de mots français) un sens, elle pourrait cependant donner quelque chose comme :

Marais / faisan / dix pas / un / picorer / cent pas / un / boire /
Non / demander / élever / dans / la cage /
Esprit / bien que / roi / pas / bon     .

Par ce préambule, je veux juste faire ressentir tout le patient travail qui est nécessaire au traducteur, s’il veut avoir de bonnes raisons de proposer une traduction… raisonnée. Pour y parvenir, il ne lui suffit pas de maîtriser tous les usages du lexique et de la syntaxe, il lui faut souvent connaître l’histoire des hommes à qui ces paroles étaient destinées, et puis, encore, pénétrer la pensée de celui qui parlait…

Du premier au second essai, pourrions-nous dire que nous sommes passés de la poésie à philosophie ? Que nous sommes passés du ressentiment de ce que peut nous dévoiler l’expérience d’une vie, à une « conception » du monde, telle que peut nous l’enseigner son observation méditante ?  En tout cas, c’est ici une manière d’enquête. Celle que mène ici Jean-François Billeter, peut être passionnante, ainsi que ses résultats.



Le faisan des marais devra faire une fois dix pas pour aller picorer, une fois cent pas pour aller boire, pourtant il ne voudrait pas être en cage, y serait-il nourri : il est comblé par son activité, sans devoir penser que cela est bon.

*




mardi 30 août 2016

Le titre du troisième et dernier essai de ce recueil est :
LA TRADUCTION VUE DE PRÈS 
Dans sa quarantaine de pages, c’est effectivement en détail (puisque l’auteur y discerne - au moins - cinq opérations successives) que sont examinés tous les principes d’une « bonne » traduction. On comprend que l’intérêt de ces bons conseils tient à ce qu’ils sont d’abord le fruit d’une expérience – d’une pratique effective et réfléchie –, sans adjonction intempestive de théorie préalable. Je ne vais pas ici les paraphraser, et laisse les lecteurs les découvrir par eux-mêmes, pour eux-mêmes.
Je ne relève pour finir que la référence faite, à un moment,  à l’interprétation musicale – référence qui me touche tout particulièrement.
On peut bien parler de l’interprétation qu’un traducteur fait d’un texte, et, d’ailleurs, on dit bien que le métier des personnes chargées de traduire ‘en direct’ discours et entretiens est l’interprétariat. Mais il semble que beaucoup de traducteurs, en fait d’interprétation, en reste à ce qu’un musicien appelle le « déchiffrage ». A ce stade, il a bien « lu les notes », mais il sait que cela ne suffit pas pour animer son interprétation… Par ailleurs, d’un autre côté, il semble aussi que certains traducteurs, en fait d’interprétation, se livre à ce qu’un musicien appellerai plutôt une « improvisation » ? Mais alors, peut-être les contours définis de la partition, prise là comme « thème pour variations », seront-ils rendus indiscernables ? Ce qui peut être bon pour une performance musicale annoncée comme telle, ne l’est sans doute pas pour ce qui est présentée comme traduction ?
Est-ce à dire que le traducteur doive « s’effacer » ? La réponse, ici, est : non.
Et c’est pour moi, pour mon usage personnel, un des passages de cet essai parmi les plus intéressants – et convaincants. On ne doit pas croire que l’on doive « laisser parler les textes ». C’est d’ailleurs sans doute impossible : on ne fait rien que laisser la main, non pas aux textes eux-mêmes, mais aux traductions traditionnelles alors en vigueur – qui peuvent n’avoir qu’un très lointain rapport avec le texte originel…  Mais, il y a plus  - ou pire, si l’on veut, - dans ce fantasme du « texte parlant par lui-même », qu’un assujettissement à la façon dont, en définitive,  ne parlera que l’autorité reconnue de certaines traductions. Le pire, donc, est que la traduction, l’interprétation du texte, ainsi abordée, sera sans vie, car sans vie qui lui soit propre. Pour cela, il lui faut la « vie »… du traducteur même !
Et Jean-François Billeter de citer, là, un expert en interprétation, Glenn Gould, déclarant en substance que, de toutes façons, quand bien même on se nourrirait des interprétations déjà existantes, « on ne peut entendre vraiment les autres qu’après s’être bien écouté soi-même ».

*

de Mencius :

L’eau remplit un creux avant de remplir le suivant. 
Ainsi s’écoule-t-elle.
L’homme de bien accomplit une étape avant d’en accomplir une autre. Ainsi progresse-t-il.


*

vendredi 5 août 2016

SOMMAIRE

SOMMAIRE au vendredi 5 août 2016 


Dernières vidéos publiées :

(ajoutée le 5 août 2016 :LE GRAND ORCHESTRE DES ANIMAUX à la Fondation Cartier)

DEBOUT
Une installation de CHUNG HYUN : "L'HOMME DEBOUT" / Jardin du Palais-Royal


 Alenquer / Lisboa / Festas do Império do Divino Espírito Santo

Deux tangos chantés par Carlos Gardel : "Tango Argentino" et "La Garçonnière".
( le dimanche 1er mai 2016, sur ce quai Saint-Bernard aménagé pour les danseurs, en bord de Seine, à Paris.)

Festival EXIT 2016 / ‘PERCEPTIONS’ à la Maison des arts de Créteil
Vues des installations : INFINITY ROOM / Refik Anadol  &  NEVEL / Lawrence Malstaf






A PROPOS DE PEINTURE :

SAINTE-VICTOIRE / Cézanne

SERGE POLIAKOFF / exposition au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris



A PROPOS DE PHOTOGRAPHIE, VIDÉOS, CINÉMA

Café Society _ Woody Allen



NICOLAS HERMANN, photographe :

NICOLAS HERMANN / Un photographe  

DISTORSION

QUADRIPARTITE - à propos d’une suite de photographies



SCÉNES, RÉCITS, etc.


LIEUX :

CABO DA ROCA




LEXICAL (A propos de mots)




« Les Éditions de la Comète présentent »
(vidéos publiées)




ACTUALITES

Charlie…

PRISE DE PAROLE_Lettre ouverte à Monsieur Philippe Bilger




mercredi 8 juin 2016

Café Society _ Woody Allen


Café Society

        ... Ce Woody Allen... comme il sait parler de la légèreté (insoutenable) avec sérieux, sinon avec pesanteur, mais surtout, comme il sait parler de toutes nos pesanteurs avec légèreté... ou, autrement dit, comme il montre la surface avec profondeur, et comme il parle des profondeurs avec... avec tout ce qui peut en remonter à la surface, pour être, ainsi, gravé dans l'image cinématographique.

Il peut ainsi nous parler de tout, c'est-à-dire tout nous montrer à l'écran du tout de l'existence : la vie la mort, et l'amour et la fidélité et le désir, les ambitions et le renoncement, et de la métaphysique et des vanités…, mais c’est toujours, tout ça, avec « l'air de ne pas y toucher ».
Ce peut être d’abord par la grâce d’une fluidité dans le récit – telle que l'on peut ne même pas ressentir que, là devant, c'est qu’un type qui nous raconte une histoire...
Mais ça, ce doit être juste l’élégance du virtuose qui n'étale pas sa virtuosité – parce qu’elle est depuis longtemps devenue spontanée : sûreté du casting, évolutions des acteurs, cadrage juste et montage évident, agencement du scénario, etc.
Non, cette discrétion de la présence d'un auteur – qui n’est en rien une absence de style ! –,  cet « air de ne pas y toucher », il doit aussi, plus essentiellement, provenir d’une distance assumée.

© GC Images

Au cinéma, comme au théâtre ou dans la littérature romanesque, dans toute œuvre dramatique conséquente, un des motifs du contenu doit être la distance entre l'auteur et ses personnages. Il faut alors éviter l’erreur de ne considérer cette distance que comme « effet à faire », ou comme « truc » de conteur. Que l'auteur en personne semble monter sur scène, ou se montrer à l’écran,  plus ou moins artificieusement, qu’il se dévoile symboliquement par l'intermédiaire de la voix off, ou sous le masque plus ou moins transparent de l'un de ses personnages, ou bien qu’il se manifeste comme démiurge au travers des destinées qu'il leur fixe, aux uns et aux autres (en récompensant les gentils et en punissant les méchants, par exemple), cette distance – morale – est là partout, dans le moindre mouvement de travelling comme le dit un autre...
L’humour, dans les films de Woody Allen, ne doit pas être compris comme une des « spécialités de la maison » ! Il n’est qu’un des modes de manifestation, parmi d’autres, de cette distance-là.

Cette distance que Woody Allen fixe et maintient entre son activité d’auteur conscient, et les parcours de ses personnages, cette distance me convient exactement. Et c'est pourquoi, sans doute, j'aime, en profondeur, ses films. Cela n’a pas besoin d’être plus raisonné que ça.

Cette distance, c’est elle, en définitive, qui produit cette tension particulière à son œuvre – qui vient de ce que les personnages sont bien décrits, en fait, tels qu'ils jouent leur vie, mais... sans pathos démonstratif, sans graisse psychologique. C’est ainsi que, en définitive, le conteur se tient en quelque sorte sur un pied d'égalité avec les personnages du conte – et de même, par conséquent, dans le temps du spectacle, le spectateur.