vendredi 5 août 2016

SOMMAIRE

SOMMAIRE au vendredi 5 août 2016 


Dernières vidéos publiées :

(ajoutée le 5 août 2016 :LE GRAND ORCHESTRE DES ANIMAUX à la Fondation Cartier)

DEBOUT
Une installation de CHUNG HYUN : "L'HOMME DEBOUT" / Jardin du Palais-Royal


 Alenquer / Lisboa / Festas do Império do Divino Espírito Santo

Deux tangos chantés par Carlos Gardel : "Tango Argentino" et "La Garçonnière".
( le dimanche 1er mai 2016, sur ce quai Saint-Bernard aménagé pour les danseurs, en bord de Seine, à Paris.)

Festival EXIT 2016 / ‘PERCEPTIONS’ à la Maison des arts de Créteil
Vues des installations : INFINITY ROOM / Refik Anadol  &  NEVEL / Lawrence Malstaf






A PROPOS DE PEINTURE :

SAINTE-VICTOIRE / Cézanne

SERGE POLIAKOFF / exposition au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris



A PROPOS DE PHOTOGRAPHIE, VIDÉOS, CINÉMA

Café Society _ Woody Allen



NICOLAS HERMANN, photographe :

NICOLAS HERMANN / Un photographe  

DISTORSION

QUADRIPARTITE - à propos d’une suite de photographies



SCÉNES, RÉCITS, etc.


LIEUX :

CABO DA ROCA




LEXICAL (A propos de mots)




« Les Éditions de la Comète présentent »
(vidéos publiées)




ACTUALITES

Charlie…

PRISE DE PAROLE_Lettre ouverte à Monsieur Philippe Bilger




mercredi 8 juin 2016

Café Society _ Woody Allen


Café Society

        ... Ce Woody Allen... comme il sait parler de la légèreté (insoutenable) avec sérieux, sinon avec pesanteur, mais surtout, comme il sait parler de toutes nos pesanteurs avec légèreté... ou, autrement dit, comme il montre la surface avec profondeur, et comme il parle des profondeurs avec... avec tout ce qui peut en remonter à la surface, pour être, ainsi, gravé dans l'image cinématographique.

Il peut ainsi nous parler de tout, c'est-à-dire tout nous montrer à l'écran du tout de l'existence : la vie la mort, et l'amour et la fidélité et le désir, les ambitions et le renoncement, et de la métaphysique et des vanités…, mais c’est toujours, tout ça, avec « l'air de ne pas y toucher ».
Ce peut être d’abord par la grâce d’une fluidité dans le récit – telle que l'on peut ne même pas ressentir que, là devant, c'est qu’un type qui nous raconte une histoire...
Mais ça, ce doit être juste l’élégance du virtuose qui n'étale pas sa virtuosité – parce qu’elle est depuis longtemps devenue spontanée : sûreté du casting, évolutions des acteurs, cadrage juste et montage évident, agencement du scénario, etc.
Non, cette discrétion de la présence d'un auteur – qui n’est en rien une absence de style ! –,  cet « air de ne pas y toucher », il doit aussi, plus essentiellement, provenir d’une distance assumée.

© GC Images

Au cinéma, comme au théâtre ou dans la littérature romanesque, dans toute œuvre dramatique conséquente, un des motifs du contenu doit être la distance entre l'auteur et ses personnages. Il faut alors éviter l’erreur de ne considérer cette distance que comme « effet à faire », ou comme « truc » de conteur. Que l'auteur en personne semble monter sur scène, ou se montrer à l’écran,  plus ou moins artificieusement, qu’il se dévoile symboliquement par l'intermédiaire de la voix off, ou sous le masque plus ou moins transparent de l'un de ses personnages, ou bien qu’il se manifeste comme démiurge au travers des destinées qu'il leur fixe, aux uns et aux autres (en récompensant les gentils et en punissant les méchants, par exemple), cette distance – morale – est là partout, dans le moindre mouvement de travelling comme le dit un autre...
L’humour, dans les films de Woody Allen, ne doit pas être compris comme une des « spécialités de la maison » ! Il n’est qu’un des modes de manifestation, parmi d’autres, de cette distance-là.

Cette distance que Woody Allen fixe et maintient entre son activité d’auteur conscient, et les parcours de ses personnages, cette distance me convient exactement. Et c'est pourquoi, sans doute, j'aime, en profondeur, ses films. Cela n’a pas besoin d’être plus raisonné que ça.

Cette distance, c’est elle, en définitive, qui produit cette tension particulière à son œuvre – qui vient de ce que les personnages sont bien décrits, en fait, tels qu'ils jouent leur vie, mais... sans pathos démonstratif, sans graisse psychologique. C’est ainsi que, en définitive, le conteur se tient en quelque sorte sur un pied d'égalité avec les personnages du conte – et de même, par conséquent, dans le temps du spectacle, le spectateur.


lundi 30 mai 2016

UN CONTE VÉRIDIQUE


UN CONTE VÉRIDIQUE

 
Il était un petit garçon, qui une fois – et la première fois pour lui – se trouva face à une croisée des chemins.
Il ne savait pas, d’ailleurs, que « croisée des chemins » pouvait être le nom donné par ailleurs à ce genre d’endroit ; d’ailleurs, il voyait bien que, en cet endroit, ces deux chemins ne se croisaient pas à proprement parler, mais plus exactement se rejoignaient, ici, devant lui.
S’y rejoignaient-ils, ou bien en partaient-ils ? se demandait-il.
(Car il était de ce genre de garçon qui se pose toujours des questions à propos de tout, et parfois de rien ; et, depuis trop longtemps n’ayant personne à son côté pour  répondre, il avait fini par prendre goût à la recherche personnelle des réponses.)
Alors, ces deux chemins, l’un partant vers sa droite et l’autre de son côté gauche ? « Ces deux chemins, à cet endroit,  se rejoignent-ils ? Ou bien en partent-ils, de cet endroit ? »
Mais, en vérité, cela est proprement indécidable ! décida-t-il. En effet, ici, toute décision dépendra du point d’où j’ai vue. (Car il était de ce genre de garçons qui se montrent assez précoces quand il s’agit de raisonner.)

En fait, il se trouvait là où l’avait mené une longue marche sur cette route toute droite – et si longue qu’il avait oublié qui l’y avait déposé, sans doute après que ses parents aient disparu ?
C’est à plusieurs reprises qu’une voix était venue de quelque part du ciel (une part qu’il n’avait pas le moyen de géolocaliser), pour prétendre que père et mère l’avaient abandonné dans une poubelle, ou bien qu’ils étaient morts du typhus. Mais, rebuté par ces affirmations contradictoires, et de toute façon contraint de se rendre à l’évidence que, sans la plus petite preuve scientifique relative à ce point d’histoire, il lui serait à tout jamais impossible d’obtenir une réponse incontestable, il ne s’en souciait plus depuis longtemps.

Ainsi, il est juste de dire que cette route droite, et d’ailleurs également plate, était à ce jour la seule qu’il ait jamais connue, d’autant plus qu’aucun des paysages traversés, la bordant de part et d’autre sans discontinuer, ne pouvaient engager le petit garçon à s’en détourner, même pour un instant : déserts de pierres aux arêtes vives, épais fouillis de ronces écorcheuses, obscurité de monstrueuses futaies, impénétrable au regard même en plein midi… Non, rien pour donner envie de la moindre déambulation un peu curieuse hors de cette route ; nulle ouverture pour seulement suggérer la possibilité d’une brève récréation…
Aussi, cette croisée des chemins le défiait-elle.



Cependant, à première vue… cette première vue ne lui offrait rigoureusement aucun moyen de discerner ne serait-ce qu’un aspect, un seul, permettant de différencier les deux voies – mis à part que, devant lui, l’une allait à droite, et l’autre à gauche. Il avait beau cligner des yeux, et tant et plus : de part et d’autre, au-delà d’une plaine qui semblait parfaitement plane et déserte, les lointains lui paraissaient également lointains ; de chaque côté l’horizon semblait identique, de chaque côté identiquement rectiligne, sans épaisseur, et absolument… horizontal.
Mais, comme il était de ces garçons, petits et grands, qui se vantent d’être les plus fins observateurs de tout ce qui leur passe devant les yeux (qu’ils n’ont pas dans leurs poches, de toute façon), c’est par expérience qu’il savait déjà que, de toute façon, un horizon tel que découvert ici ne permet jamais de préjuger de ce que sera l’horizon à découvrir depuis là-bas… à l’horizon…


Bref, il fallait s’en remettre à lancer les dés.
Mais il n’avait pas de dés.
Pourtant il allait devoir faire un choix.
Qu’il s’avère que, par hasard sans doute, ce soit le bon choix, vous le verrez en suivant tous les épisodes jusqu'au dernier – quand notre héros pourra se dire, enfin, qu’il ne s’en fallait que d’un cheveu, vraiment, qu’il ne se soit trompé, à l’endroit fatidique.
Mais, je déteste qu'on me raconte une histoire en anticipant sur le final de son dernier acte !
...
Mais c’est un fait, que c’est une histoire de cheveu. Donc, un cheveu, qu’il avait sur la langue. Non pas au sens figuré – il articulait tout à fait convenablement, quand il s’en donnait la peine. Non, c’était un cheveu, sur sa langue, au sens propre … Quoique, sur la langue, un cheveu ne fasse pas bien propre…
Bref, dans la grande solitude à laquelle il était depuis si longtemps contraint, ce ne pouvait être, évidemment, qu’un de ses cheveux, qui lui agaçait le bout de la langue – ce dont il s’assura, quand il réussit enfin à l’en délivrer. Non, ce n’était pas une plume légère, ni même un brin de duvet : ce n’était rien d’autre qu’un de ses cheveux, qu’il tenait devant ses yeux pour l’observer –  quand il le vit soudain lui échapper !
Emporté par la brise – vers sa droite.
Ainsi soit-il : il suivrait le chemin partant à main droite.
Donc, le petit garçon allait toujours suivant ce cheveu, qui voletait assez étrangement, en gardant toujours ses distances, les mêmes : trop grandes pour qu’il puisse s’en ressaisir, mais pas si grandes qu’il le perde de vue.
Ce cheveu n’était-il pas là comme son ange gardien ? Mais alors, l’ange gardien d’un petit diable ? Car, tout de même, il se souvenait, quoique assez vaguement pour ce qui touchait aux détails, que, globalement, il n’avait peut-être pas été un petit garçon toujours bien sage…

Quoiqu’il en soit, bien lui en avait pris, de prendre ce chemin-là plutôt que l’autre.
En effet, après être parvenu, d’abord, à cet horizon quasi abstrait, tel qu’entrevu depuis cette croisée des chemins, ce fut une toute autre contrée qui s’offrit à sa vue, à son espoir…
Escarpée, mais lumineuse.
Certes, au travers d’un relief si accidenté, ce chemin là était beaucoup plus sinueux… Mais sous un ciel d’un bleu si pur !
Et puis, là, après tant de virages inquiétants, et d’ascensions de pentes souvent abruptes, et de descentes au fond de gouffres parfois vertigineux, il rencontra son amour.





jeudi 26 mai 2016

LE 17 AVRIL 1891


ICI, LE 17 AVRIL 1891, IL NE SE PASSA STRICTEMENT RIEN


Ce n’est pas moi qui le dis.
(D’ailleurs, ici, là où je suis en ce moment même, le 26 mai 2016, je n’en sais rien, de ce qui s’y passa le 17 avril 1891.)
Non, cette assertion péremptoire, je l’ai trouvée là… je veux dire ici, dans cette petite rue de cette petite ville, où chacun et chacune qui y passera pourra encore la découvrir (je crois), sur cette plaque émaillée fixée sur la façade de cette maison.
Au passage, j’en apprécie la typographie (l’usage des majuscules, dans différentes tailles, et d’un Bodoni ?) ; et sa lecture me fait sourire…
Je suppose qu’elle est justement, ici, pour ça : moquer, gentiment, subtilement, subliminalement, tous ces affichages urbains destinés à nous faire savoir, ou souvenir, qu’en tel endroit à telle date, il se passa quelque chose

Mais, ici, à cet endroit-là précisément de cette petite ville du département du Tarn, où je déambule en cet après-midi du 17 mai 2016, il ne se passa rien – me dit-on – le 17 avril 1891.
Rien : pas de guerre déclarée ni de paix signée ; nulle émeute sanglante ; aucun massacre d’otages… On se doute que, si Jeanne d’Arc avait séjourné dans la région, ce n’aurait pas été en cette fin du 19ème siècle, mais 1891, c’est aussi trop tardif pour une éventuelle visite de Victor Hugo – par exemple.
Il faut que cela soit bien clair : ici, le 17 avril de l’année 1891, il ne se passa strictement rien.
Rien de rien : aucun personnage, d’envergure internationale ou simplement locale, ou de quelque renommée qui l’ait rendu un tant soit peu mémorable dans le monde ou dans son village, n’est passé par ici pour y faire quoique ce soit, en gestes ou en paroles.
Aucun personnage, solitaire ou même accompagné, ni aucun groupe plus ou moins organisé, n’est venu ICI, ce jour-là, pour y accomplir tel grand exploit utile à la communauté, ou bien même tel grand forfait qui l’aurait bouleversée, la communauté – un temps.
Aucun politicien, aucun savant, nul général de quelque chose, nul empereur exotique, pas de mathématicien génial mais fou, ni de musicien fou mais génial…
Pas d’événements à signaler non plus, donc, ni du genre historique, ni du genre anecdotique : pas de réunion fondatrice de la première association pour la défense du patrimoine local, pas d’assemblée politique ou syndicale… Aucune fondation de la plus misérable petite secte…
Pas même le plus petit meurtre entre amis – ou en famille.


Au sourire, provoqué par la lecture de l’intrigante assertion, succéda une profonde réflexion : en plus d’être possiblement amusante, était-elle aussi vraie ?
Une assertion vraie ? Comment le démontrer ?
En admettant même que cet ICI n’y désigne que la maison (et non aussi une étendue indéterminée de la rue devant cette maison), puisque le temps de la constatation scientifique semble en ce cas révolu, quel raisonnement mathématique peut nous persuader qu’ici, en ce désormais fameux 17 avril 1891, dans cette maison-là, il ne s’y passa rien, à strictement parler ?





Ps : Recherche étant faite par acquit de conscience, il apparaît que :
a ) pour la date du 17 avril 1891, wikipédia ne signale aucun événement, nulle part ;
b ) une telle plaque émaillée peut être acquise, pour la modique somme de 25 euros et 69 centimes, par n’importe quelle personne, privée ou publique, qui pourra alors la fixer au vu de tous, selon ses droits propres ; celle que j’ai découverte pour mon propre compte, le 17 mai 2016, à Lautrec (Tarn), en est seulement un exemplaire parmi d’autres.

A signaler : c’est tous les ‘15 août’ (je crois), qu’une Fête du Pain a lieu à Lautrec, ce qui (je suppose) explique la gerbe de blé que l’on voit ici sur la porte, à côté de la plaque commémorative de ce Rien insigne.

dimanche 17 avril 2016

Atelier II

                       
Atelier II
 
 
un bruit de  braises ?
mourantes multiples / minuscules
craquements derrière la vitre / la pluie
(quand elle est) parcimonieuse encore
la pluie pas encore une
comme exténuée déjà

derrière la vitre
un bruit de braises mourantes
multiples minuscules craquements
asymétriques
la pluie parcimonieuse encore

comme — le bruissement asymétrique de braises mourantes
bourdon aléatoire,  parcimonieux

le bourdon asymétrique de braises mourantes
une naissance derrière la vitre !
la pluie (
?)
(le) bruissement —- parcimonieux

exténuée, pour cette nuit, avant que d’avoir été une

l’idée de la pluie
(une idée de pluie) — derrière la vitre
le bourdon, asymétrique, de braises exténuées
bruissement parcimonieux / aléatoire
la pluie frôlant à distance (juste l’idée, qui m’effleure, de la pluie)
va-t-elle naître derrière la vitre
?
— craquements, comme

métamorphoses de souffles minuscules (mais multiples)
ce n’est pas encore tout à fait la pluie

. . .

il est temps — ?

 — tenu en un retrait   extrêmement les yeux grand 
                                          ouverts     (pour faire le vide égal
                      à la longueur de)   toute une nuit

mais c’est la nuit, infinie — tout contre l’oreille, immobile,
des miettes de cendres encore tièdes, tenues du bout des doigts,
que l’on frotte, doucement —

est-ce soudain !  il n’y a plus d’attente (est-ce
de la plus belle encre, qui          )
et même si passe une nuit toute sèche parfois, et d’autres
déserts encore

il suffit de se tenir devant la fenêtre et d’attendre sans rien
attendre de

la nuit comment résoudre l’équation de la métamorphose
(masses imperceptibles par vitesse inconnue égale mélodie aléatoire)
?
au touché
?

suspendue-là peu importe par quel artifice ce n’est pas cette petite lune mécanique,
et à usage strictement privatif, qui peut suffire à
la mesure de l’épaisseur relative des craquements
— peut-être à l’oreille
?

radieuse pesanteur toute une totalement soudaine
l’idée de couleur  —  beauté insécable
sans rien attendre venue
de la nuit immobile vient la couleur absolue
pesante-irradiante sur la pointe

(ce matin, bien vu : l’arabesque même myriade d’affolements
c’est toujours tenue aimantée)  et la nuit,


c’est bien plus que la moitié du monde !


lundi 28 mars 2016

HIERONYMUS

...


 
« Mes Dames et mes Sieurs, damoiselles et damoiseaux,  jouvencelles et jouvenceaux, votre attention, s'il vous plaît. Toute votre attention.
Une tempête propice - enfin ! - nous atteindra bientôt ; la météo de 20 heures nous l'annonce ; elle nous l'a promise. C'est pourquoi le Capitaine a décidé qu'il était temps que tous les passagers quittent la salle d'attente et se dirigent vers le quai, afin de pouvoir embarquer à l'appel de leur nom. Que les valides se chargent des impotents, vieillards et nourrissons - et tout se passera le mieux du monde.
 »
 
Et tous les membres de l'équipage de se relayer pour faire l'appel, et jours et nuits,
et pendant un nombre de jours incalculable, et pendant des nuits en nombre mathématiquement et logiquement également innombrable.
 
Et chacun, à son tour, de répondre de sa présence, à haute et intelligible voix :
ceux qui n'espèrent rien que l'oubli et ceux qui attendent toujours demain
et ceux qui prétendent pouvoir capturer la foudre ;
 
ceux qui se cachent parce qu'ils ont tout perdu,
comme ceux qui s'exhibent à la foule dès qu'ils l'entendent clamer qu'ils ont tout gagné ;
 
celui qui était prêt à trahir son ami, ou son dieu, afin d'empocher trois sous,
et cet autre qui aurait donné sa vie pour rien ;
 
ceux qui se sont épuisés, à vouloir être toujours plus forts,
comme ceux qui s'économisent encore, dans l'espoir de ne jamais s'affaiblir ;
 
celui-ci, qui a délaissé femme et enfants pour être le premier à démontrer la quadrature du cercle ; celui-là qui, au retour d'une trop longue chasse, a oublié où il avait rangé ses carnets d'esquisse ;
 
ceux qui veulent tout savoir sur tout comme ceux qui ne veulent rien savoir sur rien ;
 
celui qui joue la vie aux dés à chaque carrefour,
et celui qui est incapable de respirer sans porter de gants ;
 
celui qui n'a vécu que pour détruire, et celui qui devait tuer pour vivre ;
 
celui-ci, qui, le gourdin dressé, arpentait le jardin d'enfants ;
 
et cet enfant aux boucles blondes qui, avec soin, épingle un scarabée ;
 
et celui-là dont les rêves ne cessent d'être tapissés de myriades de corps d'hérétiques déchiquetés,
et celui-ci qui espère la résurrection des morts ;
 
et Thérèse qui se saigne et Jack qui éventre ;
  
les baudruches qui se flagellent et les triques qui se dilatent ; 
 
ceux dont les orbites sont tout de suite obstrués par la moindre protubérance de viande
passant à proximité ;  et ceux qui déjà serrent les fesses à la première menace d'un sourire ;
 
et ceux qui ne pensent qu'à ça et ceux qui ne pensent à rien ;
 
ceux qui voudraient bien rester enfouis à rêvasser entre leurs draps moisis ;
et ceux qui, refusant le sommeil, s'il le faut se crucifient pour tenir debout ;
 
ceux qui trouvent, même sans avoir jamais rien cherché,
comme ceux qui cherchent, parfois sans jamais rien trouver ;
 
ceux qui savent et ceux qui croient, et ceux qui croient savoir et ceux qui savent qu'il faut croire ;
 
ceux qui veulent tout, tout de suite,
et ceux qui ne désirent jamais rien ;
...
et celui-ci et celui-là.
Tous, ceux qui sont toujours contents d'être content,
et ceux qui ne sont jamais heureux de pouvoir encore souffrir,
tout ceux qui veulent n'aimer que pour toujours,
et tout ceux qui croient qu'une seule nuit d'amour peut ne pas être pour toujours,
tous, ceux que la sagesse rend fous, et les fous qui enseignent leur sagesse,
ont-ils maintenant tous embarqués ?
 
 
Sans doute : enfin sur le quai ne se voient d'autres êtres animés que canettes de bière
et papiers gras, roulés, soulevés par le vent.
 
Et le Capitaine de se tourner vers son tenant lieu qui, parce que la plus belle entre toutes
parmi toutes ses soeurs et belles-soeurs l'élue, se trouve être une lieutenant :
 
« Anne, je te prie, Anne, fais-moi savoir quand nous pourrons lever l'ancre. »
 
Et Anne, la sainte, et la plus belle possible des lieutenants possibles, de répondre :
 
« Capitaine..., Hieronymus, mon beau capitaine,  j'ai beau scruter toute la Terre dans toutes ses directions
et jusqu'au plus lointain de tous ses horizons, il n'est plus un être humain vivant qui y soit visible. »
 
Alors, ancre levée et toutes les machines poussées, et laissant enfin la Terre toute vide,
la Nef de Tous les Fous peut donner plein cap sur la tempête.
   


                                                                                                                           (3 mai 2002)

dimanche 27 mars 2016

COMME CHIEN ET CHAT



… COMME CHIEN ET CHAT ?


Là, il ne suffisait pas de passer, encore fallait-il, un instant, dérouter son regard : débouchant à angle droit sur la rue, une impasse se découvrait.

On en mesure la longueur d’un coup d’œil : il ne faudra pas bien longtemps pour l’arpenter dans son entier.

Brève, étroite, composée d’une succession de maisons particulières, elle est dénommée ‘Villa’, comme beaucoup du même genre, assez répandu dans ces arrondissements excentrés.

Souvent, disposé perpendiculairement à la circulation, le devant des corps d’habitation y fait face à un jardin, dans lequel on doit s’engager pour avoir accès à la maison. Pour le passant, la plupart du temps, ce sont donc les clôtures de ces jardins, composées principalement de grilles festonnées plantées sur de petits murets, qui forment les façades des maisons.
Ici, à un certain endroit, se faisant face de part et d’autre de la voie, en parfait vis-à-vis, deux clôtures assez parfaitement jumelles, sinon que l’une est aussi uniformément rouge que l’autre est uniformément bleue. On peut remarquer que, des deux côtés, la couleur de la clôture est parfaitement accordée à celle des volets…
Mais ce qui peut retenir l’attention, ce sont les messages affiché sur l’une et l’autre porte.
Il ne faut pas, distraitement, n’y voir rien d’autre que ce l’on croit qui serait à voir à cet endroit…






Ensuite, ayant repris notre route, nous pourrons nous poser la question : 
les habitants respectifs de ces deux demeures seraient-ils « comme chien et chat » ?

A vrai dire, je les suppose plutôt… « copains comme cochons ».
Mais, ce n’est rien d’autre qu’une supposition.